Kokopelli, bonnes ou mauvaises graines ?
Kokopelli n'aurait-elle pas les moyens de ses ambitions ?
Qui n’a pas entendu parler de l’association Kokopelli qui promeut la biodiversité par un catalogue de graines bios de variétés florales et potagères, et par ce biais permet de mener le combat honorable de l’autonomie des paysans à travers le monde ? On la connaît également par un procès à charge pour l’association, concernant plus spécifiquement les irrégularités d’homologations de variétés vendues dans son catalogue. Depuis, l’association Kokopelli est dans une posture plus fragile puisque son président vient d’être condamné à un peu plus de 20 000 euros, néanmoins le coup médiatique lui est sûrement positif.
Je soutiens becs et ongles le combat du maintien de l’autonomie des petits producteurs contre l’homogénéité de la mondialisation rendant dépendants tous paysans. Je trouve aussi fort pertinent l’adoption des semences qui permet de conserver le patrimoine végétal et aussi d’aider les petits producteurs de tous les continents. L’idée est généreuse, le projet est louable, seulement la pratique vient malheureusement entacher cette belle intention.
En effet, pour avoir été un jardinier utilisant les graines proposées par Kokopelli et même Terre de Semences (ancienne structure), je n’ai que peu de fois été satisfait de la qualité des semences. Certes au début, je faisais fi de mes semis bien frêles voire inexistants, tant je voyais dans cet achat un acte purement militant. Et pour tout dire, je rectifiais le tir avec l’achat de graines issues d’autres semenciers. Néanmoins, et par foi de jardinier consciencieux, je trouvai dommage que cette qualité de semences ne s’améliorât pas. Pis, elle semblait décliner, car j’ai réitéré l’an dernier un semis de basilic qui s’est soldé par un cuisant échec.
A chaque fois que j’osais parler de ce désagrément à mon entourage voué à la cause Kokopelli, je sentais quelques fourches caudines effleurer ma tête. Il y a des sujets pour lesquels mieux vaut, avant de critiquer, ne pas manquer d’à-propos. Alors pour éviter toute adversité, je décidais à mon corps défendant, de semer d’autres graines au pouvoir germinatif un peu plus digne de mon orgueil de jardinier, laissant de côté le catalogue de Kokopelli et toute la philosophie humaniste qui va avec. Je voulais bien être consom’acteur, mais avec un minimum de résultats à l’égard aussi de mon action de jardinage. Depuis quelques mois, et par le fait de mon réseau relationnel, je m’aperçois que je n’ai pas été le seul dans ce cas. Les langues se délient, les anecdotes tombent, et ma première impression se confirme. Kokopelli est une bonne association militante, mais pas un bon vendeur de semences.
En plus de vendre des graines douteuses en qualité, d’aucuns racontent ici le constat de graines souvent remplacées par d’autres variétés, là une variété de courges à mille lieues de celle désirée. Sans omettre qu’à Lyon, un groupe de jardiniers après le semis offert par Kokopelli de tomate « cœur de bœuf » a vu prospérer l’ambroisie redoutable pour ses effets allergisants (d’ailleurs interdit par arrêté préfectoral dans cette région). Au moins la semence était bonne ! Puis les délais de livraison imposant le jardinier de semer des tomates au mois de juin ! Bref de réels problèmes.
L’association Kokopelli n’aurait-elle pas les moyens de ses ambitions ? Et par voie de conséquence, même si ça ne se mesure pas encore, ne pourrait-elle pas décrédibiliser la filière de vente de semences bios, et comble du paradoxe, rendre plus attrayantes les graines des semenciers traditionnels ? C’est à ce niveau que le bât blesse, car je peux admettre que la qualité des semences ne soit pas à la hauteur de grandes firmes qui ont des moyens incomparables, mais j’ai du mal à comprendre cette propension à ne pas avoir une démarche de qualité qui renforcerait la crédibilité de cette association.
Sans tirer sur une ambulance, je signifie juste que la rigueur du métier, car c’est un véritable métier, n’est pas antinomique avec la finalité bienfaisante poursuivie par cette association. Si Kokopelli signifie « flûte » en amérindien, n’était-ce pas aussi pour que la musique humaniste soit en harmonie avec l’acte de jardiner partout et pour tous, avec la fierté bonhomme que peut éprouver quiconque face à la récolte de sa production ? Faut-il alors que la récolte soit à la hauteur des espérances ! Mais je suis sûr que demain je re-sèmerai des bonnes graines issues de Kokopelli, puisqu’il n’existe pas de mauvaises graines dans le jardin de l’humanité !
Par Saturnin:: jeudi 1 mars 2007 à 16:37:: Général :: #80 :: rss


Trackbacks
Aucun trackback.
Les trackbacks pour ce billet sont fermés.
Commentaires
Le dimanche 11 mars 2007 à 18:37, par leon :: #
Ajouter un commentaire